Éditions des femmes-Antoinette Fouque

  • Trois guinées

    Virginia Woolf

    Parution : 3 Septembre 2018 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    Virginia Woolf, ici, va droit aux faits avec la plus redoutable précision. Femme, elle reconnaît, décèle et dénonce en précurseur ce scandale d'autant plus occulté qu'il s'inscrit partout, s'étale avec une évidence majestueuse : le racisme ordinaire qui réduit les femmes à l'état d'êtres minoritaires, colonisés. Scandale politique. Dictature qui annonce toutes les autres.

    « Derrière nous s'étend le système patriarcal avec sa nullité, son amoralité, son hypocrisie, sa servilité. Devant nous s'étendent la vie publique, le système professionnel, avec leur passivité, leur jalousie, leur agressivité, leur cupidité. L'un se referme sur nous comme sur les esclaves d'un harem, l'autre nous oblige à tourner en rond... tourner tout autour de l'arbre sacré de la propriété. Un choix entre deux maux... » V.W.

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  • Un coeur simple

    Gustave Flaubert

    Parution : 7 Septembre 2020 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « L'histoire d'"Un coeur simple" est tout bonnement le récit d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu'elle soigne, puis son perroquet : quand le perroquet est mort, elle le fait empailler, et, mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Ce n'est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même. » G.F.

    C'est ainsi que Flaubert présente lui-même Félicité, l'héroïne d'« Un coeur simple », l'un des récits qui composent les « Trois contes », qui furent, en 1877, la dernière oeuvre publiée du vivant de l'écrivain.

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  • Le bébé

    Marie Darrieussecq

    Parution : 21 Novembre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    De situations cocasses ou tendres à la stupéfaction et à l'émerveillement devant cet être étrange et fragile, vorace et bruyant, dont les besoins impérieux structurent le quotidien en courtes tranches de temps, le livre comme la pièce réparent une injustice qui fait du bébé l'objet de très nombreux discours sans qu'il le soit jamais de la littérature. La mère et le bébé, l'auteure et son sujet, l'interprète et son texte... La légèreté et la drôlerie se doublent ici d'une sourde inquiétude intime : « J'écris pour éloigner de mon fils les spectres, pour qu'ils ne me le prennent pas : pour témoigner de sa beauté, de sa drôlerie, de sa magnificence ; pour l'inscrire dans la vie comme on signe une promesse. »

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  • Faire l'amour

    Jean-Philippe Toussaint

    Parution : 22 Août 2017 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « J'avais fait remplir un flacon d'acide chlorhydrique, et je le gardais sur moi en permanence, avec l'idée de le jeter un jour à la gueule de quelqu'un. Il me suffirait d'ouvrir le flacon, un flacon transparent qui avait contenu auparavant de l'eau oxygénée, de viser les yeux et de m'enfuir. Je me sentais curieusement apaisé depuis que je m'étais procuré ce flacon de liquide ambré et corrosif, qui pimentait mes heures et acérait mes pensées. Mais Marie se demandait, avec une inquiétude peut-être justifiée, si ce n'était pas dans mes yeux à moi, dans mon propre regard, que cet acide finirait. Ou dans sa gueule à elle, dans son visage en pleurs depuis tant de semaines. Non, je ne crois pas, lui disais-je avec un gentil sourire de dénégation. Non, je ne crois pas, Marie, et, de la main, sans la quitter des yeux, je caressais doucement la courbe évasée du flacon de verre dans la poche de ma veste ». J.-P.T.

    « Faire l'amour » inaugure en 2002 le « Cycle de Marie », qui mettra onze ans à se conclure. Il sera suivi de « Fuir » (prix Médicis, 2005), « La Vérité sur Marie » (prix Décembre, 2009) et « Nue » (2013). Les quatre romans seront rassemblés dans « M.M.M.M. » (Éditions de Minuit, 2017), initiales de l'insaisissable et fascinante héroïne, Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Jean-Philippe Toussaint raconte une histoire d'amour vénéneuse entre cette créatrice de mode et le narrateur, et analyse très finement, de rupture en réconciliation, de l'île d'Elbe à Tokyo, la passion amoureuse.

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  • Le « Journal d'une femme de chambre », d'abord été publié sous forme de feuilleton dans les années 1890 avant d'être édité en 1900, est certainement l'un des textes les plus violents d'Octave Mirbeau. Véritable réquisitoire contre les moeurs bourgeoises, ce monologue féroce et cynique révèle les bassesses et les vices d'une classe sociale triomphante qui, dans le secret des alcôves, libère le poids de ses frustrations et de ses turpitudes.

    « J'adore servir à table. C'est là qu'on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature. Tout ce que peut contenir d'infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux, les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s'en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c'est une des grandes et fortes joies de notre métier, et c'est la revanche la plus précieuse de nos humiliations. » O.M.

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  • Dialogues de bêtes

    Colette

    Parution : 29 Novembre 2017 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « À la campagne l'été. Elle somnole, sur une chaise longue de rotin. Ses deux amis, Toby- Chien le bull, Kiki-la-Doucette l'angora, jonchent le sable. [...] Kiki-la-doucette : Tu crois qu'elle dort ? Elle cueille en ce moment, au potager, la fraise blanche qui sent la fourmi écrasée. Elle respire sous la tonnelle de roses l'odeur orientale et comestible de mille roses vineuses, mûres en un seul jour de soleil. Ainsi immobile et les yeux clos, elle habite chaque pelouse, chaque arbre, chaque fleur. [...] C'est pourquoi tu la vois si sage et les yeux clos, car ses mains pendantes, qui semblent vides, possèdent et égrènent tous les instants d'or de ce beau jour lent et pur. » C.

    /> « Dialogues de bêtes » est le premier livre que Colette signe de son seul nom. Elle a alors 31 ans et s'apprête à prendre son indépendance. Ni roman ni pièce de théâtre, « Dialogues de bêtes » est une conversation entre le chien et le chat de la maison, Toby-Chien et Kiki-la-Doucette, qui partagent la vie d'un couple d'humains, qualifiés de « deux-pattes » et de « seigneurs de moindre importance ».
    Sur un ton piquant et poétique, Colette dresse un portrait sans concession du couple qu'elle forme avec Willy, qu'elle s'apprête à quitter.

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  • La femme de trente ans

    Honoré de Balzac

    Parution : 6 Décembre 2018 - Entrée pnb : 20 Juin 2019

    Le destin tragique de la femme de 30 ans est aussi affreusement banal : Julie d'Aiglemont est mariée à un homme qu'elle n'aime pas. Malheureuse et délaissée, la seule façon pour elle de ne pas subir son mariage, est de tomber amoureuse d'un autre. Mais de morts malencontreuses en amours contrariées, ses amants et enfants illégitimes ne lui permettront pas d'échapper réellement au contrat auquel elle n'a eu d'autre choix que de se soumettre. Cette sombre histoire, résolument moderne, est sans doute le roman le plus engagé de Balzac, qui dénonce avec force et justesse l'oppression qui pèse sur les femmes.

    « Le mariage, institution sur laquelle s'appuie aujourd'hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l'homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l'homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh ! Monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu'il se pratique aujourd'hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances. » H. de B.

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  • Adolphe

    Benjamin Constant

    Parution : 16 Août 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « Distrait, inattentif, ennuyé », Adolphe, à 22 ans, trouve « qu'aucun but ne vaut la peine d'aucun effort ». Un beau jour, pourtant, il a envie d'être aimé et décide de conquérir Ellénore. Bien vite, « le charme de l'amour » lui pèse comme une chaîne. Ellénore, lui sacrifiant « fortune, enfants, réputation », empoisonne de remords sa belle indifférence. La souffrance d'Ellénore n'est pour Adolphe qu'un moyen de se connaître et d'éprouver sa propre lucidité. Plus elle l'aime et lui donne, plus il se refuse, écrasé par sa propre inaptitude à aimer. Cet éternel pas de deux se répète à satiété. Mais, tandis que pour Adolphe il suscite invariablement le même état d'âme et l'absence de véritable émoi, il est pour Ellénore, rongée par l'amertume et l'horreur du non-amour, l'accomplissement d'une fatalité mortelle.

    « "Adolphe, me dit-elle, vous vous trompez sur vous-même ; vous êtes généreux, vous vous dévouez à moi parce que je suis persécutée ; vous croyez avoir de l'amour et vous n'avez que de la pitié." Pourquoi prononça-t-elle ces mots funestes ? Pourquoi me révéla-t-elle un secret que je voulais ignorer ? Je m'efforçai de la rassurer, j'y parvins peut-être ; mais la vérité avait traversé mon âme ; le mouvement était détruit ; j'étais déterminé dans mon sacrifice, mais je n'en étais pas plus heureux ; et déjà il y avait en moi une pensée que de nouveau j'étais réduit à cacher. » B.C.

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  • La naissance du jour

    Colette

    Parution : 29 Novembre 2017 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « C'est folie de croire que les périodes vides d'amour sont les "blancs" d'une existence de femme », écrivait Colette, en 1937. Car c'est le temps où peut fleurir sa vie propre, saison de poèmes comme l'atteste La Naissance du jour, composée l'été de ses cinquante-quatre ans. « L'âge où s'offre, en coupe d'oubli, le dernier amour n'est-il pas plutôt celui d'inventer, hors des dépendances, sa maturité au pays du soleil ? »

    Après la perte de Sido, sa mère adorée, Colette s'inspire de ses lettres et de sa maison provençale de la Treille Muscate pour composer un roman vivant, lumineux, où la réalité et l'imaginaire s'entrelacent et s'épousent indissociablement. Autofiction avant l'heure, parue en 1928 dans « La Revue de Paris », « La Naissance du jour » explore les milieux artistiques tropéziens, fait rivaliser la littérature avec la peinture et interroge le rapport de l'art à son modèle.

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  • Une femme

    Sibilla Aleramo

    Parution : 21 Novembre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « Une femme » est une autobiographie romancée, dans un style sobre, d'une réserve classique traversée d'effusions lyriques. Déchirée entre un amour passion pour son père brillant et séducteur et une pitié terrifiée pour sa mère trompée qui, peu à peu, sombre dans la folie, la narratrice lutte pour conquérir son indépendance intellectuelle et affective contre un mari brutal et veule, contre un milieu provincial superstitieux et étriqué. Ce sera au prix du renoncement à son fils qu'elle deviendra une femme libre et active.

    « Pourquoi communiquais-je ainsi mon mal à la petite créature, lui demandant ce qu'elle ne pouvait me donner ? Pourquoi lui demandais-je follement, à lui, tout l'amour qui manquait à ma vie ? Ma mère, mes soeurs, d'autres ombres d'hommes et de femmes étaient passées près de moi et s'en étaient allées, sans me connaître, sans éveiller en moi ce qu'il avait de plus profond et de plus vrai. Personne ne m'avait rien donné pour enrichir ma vie. Personne n'avait pleuré pour moi, sur moi. Et, de mon côté, je n'avais rien fait pour personne, je n'avais jamais contribué à une seule victoire, je n'avais jamais essuyé une larme. » S. A.

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  • L'inondation

    Evgueni Zamiatine

    Parution : 29 Juin 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « La vitre tintait sous le vent, des nuages gris et bas - des nuages de la ville, des nuages de pierre - passaient dans le ciel - comme s'ils étaient de retour, ces nuages étouffants de l'été que pas un orage n'avait transpercés. Sophia sentit que ces nuages n'étaient pas au dehors mais en elle, que depuis des mois ils s'amoncelaient comme des pierres, et qu'à présent, pour ne pas être étouffée par eux, il fallait qu'elle brise quelque chose en mille morceaux, ou bien qu'elle parte d'ici en courant, ou encore qu'elle se mette à hurler... » E.Z.

    L'inondation relate le calvaire d'une jeune femme sans enfant que son mari trompe dans sa propre maison avec l'adolescente qu'ils ont recueillie. Soutenue par la rigueur de la construction, le dépouillement du récit et une extrême tension intérieure, le texte est porté par la voix d'Isabelle Huppert jusqu'au dénouement tragique.

    (L'Inondation, Le Seuil, 1990, Actes Sud, 2014)

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  • La mulâtresse solitude

    André Schwarz-Bart

    Parution : 21 Novembre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « De mère africaine - arrachée à son village par des trafiquants d'esclaves - et de père inconnu - quelque marin du bateau négrier voguant vers la Guadeloupe - elle n'est ni noire ni blanche, et même ses deux yeux sont de nuance différente. Enfant, on la surnommera « Deux-âmes ». Et finalement c'est sous le nom de « Solitude » qu'elle vivra à la Guadeloupe dans les familles de Blancs qui l'ont achetée, puis parmi les troupes de Noirs révoltés qu'elle rejoindra à grand-peine dans leurs refuges des forêts de la Soufrière.
    L'histoire se passe aux environs de 1760 à 1802. L'abolition de l'esclavage décrétée par la Convention n'aura duré que le temps d'un rêve. Et Solitude, près de l'Africain Maïmouni qu'elle a découvert dans la forêt et dont elle partage la vie, a senti en elle-même « battre un coeur de négresse ». C'est elle, enceinte et soutenue par ses compagnons, qui anime le dernier combat. Capturée, elle est pendue après avoir donné naissance à son enfant. »
    Source : Le livre de poche (Coup de coeur des Libraires, 2015).

    Tel fut le destin tragique d'une femme de légende, d'une combattante, dont l'existence réelle est parfois discutée mais qui a désormais sa statue en Guadeloupe, en mémoire de la lutte contre l'esclavage. Un récit poignant qui nous plonge au coeur d'une Histoire cruelle, dans laquelle André Schwarz-Bart voyait beaucoup de similitude avec la déportation des juifs.

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  • Des yeux de soie

    Françoise Sagan

    Parution : 28 Mars 2017 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    Les personnages de ces courtes nouvelles, publiées en 1976, ont en commun l'apparence du bonheur. Mais derrière les masques se trouvent des hommes et des femmes seuls, inquiets, fragiles et sans défense. C'est tout l'art de Françoise Sagan, fait de légèreté et d'humour, de mettre à nu en chacun d'eux, la fêlure. Une conclusion inattendue, une fin abrupte révèlent fugitivement une vérité cachée.

    « C'était une heure triste, dans un mois triste, dans un paysage triste, mais elle sifflotait quand même et de temps en temps se baissait pour ramasser un marron, ou une feuille rousse, dont la couleur lui plaisait ; et elle se demandait avec une sorte d'ironie ce qu'elle faisait là. [...]

    Un corbeau traversa le ciel dans un cri rauque et, aussitôt, une bande d'amis le rejoignit et sembla déborder l'horizon. Et bizarrement, ce cri, pourtant bien connu, et ce vol lui firent battre le coeur comme sous l'impulsion d'une terreur injustifiée. » F.S.

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  • Au royaume des femmes

    Irène Frain

    Parution : 29 Juin 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    Passionnée par l'Asie, Irène Frain se fait ici enquêtrice autant que romancière. Inspiré d'une histoire vraie, ce texte révèle la quête de Joseph Francis Rock, un explorateur de génie. Dans les années 1920, parcourant la Chine et le Tibet, il est à la recherche d'une légendaire tribu matriarcale, ultime vestige du peuple des Amazones, vivant au seuil d'une montagne plus haute que l'Everest. La découverte du Royaume des femmes deviendra pour Rock une véritable obsession.

    "On me demande pourquoi j'habite la Montagne de Jade
    Je ris alors sans répondre
    Le coeur naturellement en paix
    Les fleurs de pêcher s'éloignent ainsi
    au fil de l'eau
    Il est un autre ciel, une autre terre que parmi les hommes."
    I.F.

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  • Dans un village aux portes du desert, Noor attend son chatiment : coupable d'adultere apres avoir ete violee par un homme et enceinte a la suite de ce viol, elle doit etre lapidee. Elle n'imagine pas pouvoir se soustraire a la justice. C'est compter sans une Francaise, venue pour une mission humanitaire et qui, pour la sauver, deploiera des tresors de volonte.
    Formidable conteuse, Venus Khoury-Ghata brosse les portraits de femmes au destin tragique, dechirees entre le respect de la tradition et le droit a la liberte. Roman de la chair, celle qu'on cache des regards, celle qui enfante, celle qu'on moque, frappe, mutile, blaspheme, mais aussi roman de la solidarite feminine, « Sept pierres pour la femme adultere » vous emporte, vous envoute et vous bouleverse dans cette lecture portee par deux femmes, deux voix de l'Orient et de l'Occident.

    « Une main te glisse un biberon entre les doigts, une autre t'aide a t'asseoir, cale ton dos avec des coussins, remplace tes chaussures par des babouches confortables. Elles sont aux petits soins pour toi. Elles feront pareil pour toute nouvelle accouchee. Un loukoum fourre dans ta bouche pour enlever son acidite au lait. Un verre de jus d'amande pour le faire affluer. Deux gouttes d'essence de fleur d'oranger pour chasser les coliques, et pour la nuit la tisane de pavot, prodigieuse de sommeil. » V.K.-G.

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  • La trentième année

    Ingeborg Bachmann

    Parution : 29 Juin 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    Ingeborg Bachmann a près de 30 ans lorsqu'elle écrit cette nouvelle. Le personnage qu'elle met en scène a vécu jusqu'ici « sans s'en faire ». « Jamais il n'a pensé que pût être prononcé le mot décisif, et que le jour viendrait où il devrait montrer ce qu'il savait faire et penser, où il serait forcé d'avouer ce qui lui tient vraiment à coeur. » Le jour vient pour lui de faire l'expérience de la douleur. Puis, de brisure en brisure, celui qui va sur ses trente ans arrive enfin au terme de son accomplissement.
    "Étant très jeune, il avait souhaité mourir prématurément. Mais maintenant, il voulait vivre... Maintenant, il mettait sa foi en lui-même quand il faisait quelque chose ou quand il s'exprimait... Et il avait confiance en des choses qu'il n'était pas besoin de prouver : les pores de sa peau, le goût salé de la mer, l'air fruité, tout ce qui était particulier."
    I.B.

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  • Laissez-moi

    Marcelle Sauvageot

    Parution : 29 Juin 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    Dans un sanatorium, en exil hors de la vie, une jeune femme reçoit une lettre de l'homme qu'elle aime : « Je me marie... notre amitié demeure... ». Lucide, sobre, précis, le livre est sa réponse. Avec un esprit et une sensibilité à vif, aiguisés par la maladie, les insomnies et la proximité de la mort, l'auteure analyse ce qu'a été leur histoire. Se dessine alors le portrait d'une femme sensible, sincère, volontaire et d'une rare exigence qui, au plus fort de la passion, aura su obstinément préserver « un petit coin qui ne vibre pas », qui regarde, analyse, mesure et juge.

    « "Je me marie... Notre amitié demeure..."
    Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je suis restée tout à fait immobile et la chambre a tourné autour de moi. Dans mon côté, là où j'ai mal, peut-être un peu plus bas, j'ai cru qu'on coupait la chair lentement avec un couteau très tranchant. La valeur de toute chose a été brusquement transformée. »
    M.S.

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  • La promesse

    Silvina Ocampo

    Parution : 13 Février 2018 - Entrée pnb : 20 Juin 2019

    Au cours d'une traversee transatlantique sur un paquebot une femme tombe accidentellement a la mer. Tandis qu'elle flotte a la derive elle s'en remet a sainte Rita, avocate des causes desesperees, et lui fait une promesse. Si elle rechappe a la noyade, elle ecrira l'histoire de sa vie. Au milieu d'un ocean tour a tour prodigieux et menacant, des personnes, des lieux commencent alors a affluer erratiquement dans la memoire de la naufragee. Peu a peu, l'imagination et la poesie prennent le pas et le recit, compose comme un « dictionnaire de souvenirs », s'emancipe de la vraisemblance.

    « J'ai nage ou fait la planche durant huit heures, en esperant que le bateau revienne me chercher. Je me demande parfois comment j'ai pu nourrir cet espoir. Je l'ignore vraiment. Au debut j'avais tellement peur que j'etais incapable de penser, puis je me suis mise a penser de facon desordonnee : pele-mele me venaient a l'esprit des images d'institutrices, de tagliatelles, des films, des prix, des pieces de theatre, des noms d'ecrivains, des titres de livres, des immeubles, des jardins, un chat, un amour malheureux, une chaise, une fleur dont je ne me rappelais pas le nom, un parfum, un dentifrice, etc. O memoire, combien tu m'as fait souffrir ! » S.O.

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  • Sélection parmi le recueil de nouvelles « La Maison de Claudine » paru en 1922, le CD ouvre sur « Ma mère et les bêtes » lu par Colette elle-même en 1947. Sa voix aux couleurs de sa terre et ses voluptueux r roulés ensoleillent les oreilles. Puis la chaleureuse Anny Duperey prend sa suite avec panache pour nous lire comme autant de contes « La Petite », « La Noce », « Où sont les enfants ? », « Maternité », « Le Rire » et « La Noisette creuse ».

    « Que tout était féerique et simple, parmi cette faune de la maison natale... Vous ne pensiez pas qu'un chat mangeât des fraises? Mais je sais bien, pour l'avoir vu tant de fois, que ce Satan noir, Babou, interminable et sinueux comme une anguille, choisissait en gourmet, dans le potager de Mme Pomié, les plus mûres des "caprons blancs" et des "belles-de-juin". C'est le même qui respirait, poétique, absorbé, des violettes épanouies. » C.

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  • Je m'appelle Anna Livia

    Marie Susini

    Parution : 11 Octobre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « Je m'appelle Anna Livia » est le récit âpre, tendu entre noir et lumière telle une tragédie grecque, de l'irracontable, l'inceste. Deux voix - celle d'une femme depuis longtemps partie du domaine, la mère d'Elisabeta, qui questionne ; celle du serviteur Josefino qui revit la découverte, un matin, du corps suicidé de son maître -, et un silence hanté : « Ainsi c'était déjà là. C'était là avant que de se faire. Comme dérivant à la surface d'un rêve obscur. Avant même qu'elle ait pu penser. Un jour peut-être. » Sa mère l'appelle, par-delà la violence de sa propre histoire : celle d'une fille de la basse ville « achetée » par un riche propriétaire, et, sans un mot, arrachée à son enfance. Alors s'écrit ce qui n'a pu être dit ni pensé : « Son père, il est tout ce qu'elle sait et tout ce qu'elle possède, dans l'insondable nostalgie jamais apaisée du temps d'avant, de ce temps mystérieux, enfoui au plus profond, où elle vivait en quelqu'un d'autre, le temps de l'unité maintenant perdue. »
    (Je m'appelle Anna Livia, Grasset, 1979, Gallimard, 1991)

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  • « Je sens en moi une trame douce, vibrante, un battement d'ailes tremblant au repos, retenant son souffle. Quand je serai vraiment capable de peindre, je peindrai ça. » Lorsqu'elle écrivit ces mots, Paula Modersohn-Becker (1876-1907) n'était pas encore une artiste, mais une jeune femme aspirant à le devenir. Bien consciente des limites qui l'entravaient encore, mais résolue à ne pas céder sur son dessein (...). C'est cette obsession de la vérité qui a frappé Marie Darrieussecq la première fois qu'elle s'est trouvée face à un tableau de l'artiste allemande : sur la toile figurent une mère et son enfant qui « se câlinent du bout du nez », et dans cette scène de tendresse, « ni mièvrerie, ni sainteté, ni érotisme : une autre volupté. Immense. Une autre force. Tout ce que je savais en regardant cette toile, c'est que je n'avais jamais rien vu de tel ».
    Autant qu'un récit biographique, nourri des lettres et des écrits personnels de Paula M. Becker - morte à 31 ans, dix-huit jours après avoir donné naissance à sa fille, Mathilde -, c'est une réflexion sur son geste esthétique que mène Marie Darrieussecq dans cet opus précis, épuré, profond. Une interrogation sur la nouveauté et le secret de l'intensité de cette peinture sans ombre ni perspective, centrée sur le motif féminin, à laquelle s'est vouée celle qui fut par ailleurs l'amie de Rilke et de son épouse, la sculptrice Clara Westhoff ». Nathalie Crom, Télérama, 12 avril 2016.

    Marie Darrieussecq a contribué à l'exposition consacrée à Paula Modersohn-Becker par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (avril-août 2016). Première du genre, celle-ci a rassemblé une centaine de tableaux ainsi que des carnets et lettres de l'artiste. Elle a mis en valeur l'importance de Paris dans la vie et la formation de la jeune Allemande, qui y a rencontré les plus grands : Rodin, Cézanne, Gauguin, le Douanier Rousseau, Picasso, Matisse.

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  • Te rejoindre

    Charles Juliet

    Parution : 21 Novembre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « De tout ce que j'ai écrit, les textes qui figurent dans ce livre audio me sont les plus chers. Ils ont trait à ma mère inconnue. Je les ai écrits pour lui parler, pour lui dire ma tendresse, tenter de la faire revivre quelque peu, elle qui n'a pas eu la vie qu'elle méritait. Je sais maintenant que je lui dois mon besoin d'écrire. J'aimerais que, portés par ma voix, ces pages et ces poèmes la tirent de la tombe, la fassent apparaître, lui procurent des amis qui prolongeront sa mémoire ». C.J.
    « Tu n'aurais osé le reconnaître, mais à maintes reprises, il est certain que l'immense et l'amour ont déferlé sur tes terres. Puis comme un coup qui t'aurait brisé la nuque, ce brutal retour au quotidien, à la solitude, à la nuit qui n'en finissait pas. Effondrée, hagarde. Incapable de reprendre pied. Te ressusciter. Te recréer. Te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s'est déchirée. » C.J., Lambeaux (P.O.L., 1995)
    Charles Juliet a choisi des poèmes et des textes extraits de Lambeaux (P.O.L., 1995), Moisson (P.O.L. 2012) et Te rejoindre (Atelier des Grames, 2014).

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  • Pour l'amour de Marie Salat

    Régine Deforges

    Parution : 11 Octobre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « C'est en explorant les petits villages de Gironde que j'ai rencontré celle que j'allais nommer Marie Salat. En fouillant dans les cartons d'un libraire brocanteur d'un hameau perdu, je suis tombée sur des cartes postales qui lui étaient adressées. À mesure de ma lecture, une émotion et une gêne profonde m'envahissaient : je surprenais des lettres d'amour d'une femme à une autre femme, et quel amour ! Le lendemain, je me suis précipitée chez le brocanteur. Dans le fouillis de ses boîtes, j'ai retrouvé quatre autres cartes, aussi belles, aussi émouvantes. « Cela ferait une belle histoire », me suis-je dit. » R.D.

    Régine Deforges tire de l'oubli des archives découvertes pendant ses recherches pour « La Bicyclette bleue », moitié de correspondance entre deux femmes mariées qui s'aimaient en secret. Elle prolonge par l'écriture les lettres de Marguerite et imagine les réponses de Marie.

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  • L'Iliade des femmes ; récit homérique à deux voix

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    lu par Emmanuel Lascoux; Daniel Mesguich Parution : 28 Novembre 2016 - Entrée pnb : 6 Juin 2019

    « Qu'est-ce qu'une femme ? Une déesse mortelle. Une déesse ? Une femme immortelle. Qui parle ? Le Poète (inutile, autrefois, de préciser « Homère »), dans l'Iliade, notre naissance en littérature.
    Loin d'être la faiblesse des hommes et des dieux, la femme et la déesse sont la force du chant : tout part de la déesse invoquée ; tout remonte à Hélène, la femme désirée, selon le vouloir d'Aphrodite. Elles sont là, reines, mères et filles, soeurs et épouses, amantes ou solitaires. Inséparables des hommes et des dieux. Bien avant que Flaubert soit Emma Bovary, Homère est Andromaque, Hécube, Athéna, Chryséis, toutes ! La guerre de Troie, il fallait, mieux que de la lire, qu'on l'entende d'elles.
    Car l'Iliade n'est pas un livre : elle est femme, donc chant. Doublement. Daniel Mesguich, fils aimé de la Muse française, déploie l'étoffe de notre langue tissée ici pour lui par Emmanuel Lascoux, helléniste rêveur à haute voix de grec ancien, et l'invite à y broder le fil antique. » E.L.

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